• technique d'anim: le conte

    Le conte au service d’une dynamique d’animation

    Hélène Canu, CPC

     L’utilisation d’une histoire ou d’un conte peut animer un groupe, créer non seulement une écoute mais aussi une dynamique.

     Son contenu sera choisi en fonction du public, du temps disponible et du but visé.

     La thématique abordée pourra être plus ou moins étroitement liée à la thématique (exemple : l’oral en cycle 2, le débat philosophique, la compréhension orale, …) 

     

     

    Exemple 1 : La patience (N Pinel)

     Un jeune lettré venait d'être reçu au concours de mandarin. Avant de rejoindre sa première affectation officielle, il organisa une fête avec ses condisciples pour célébrer l'événement. Au cours de la soirée, l'un de ses amis, qui était déjà en poste depuis quelque temps, lui donna ce conseil:

     - Surtout, n'oublie pas: la plus grande vertu du mandarin, c'est la patience.

     Le fonctionnaire novice salua respectueusement son aîné et le remercia chaleureusement pour cette précieuse recommandation. Un mois plus tard, au cours d'un banquet, le même ami lui préconisa encore de bien s'appliquer à la patience. Notre jeune lettré le remercia avec un sourire amusé. Le mois suivant, ils se croisèrent dans les couloirs feutrés d'un ministère. L'aîné attrapa la manche du cadet, le tira vers lui et lui souffla dans l'oreille son sempiternel conseil. L'autre, contrairement à l'étiquette ouatée qui était de rigueur dans les bâtiments officiels, retira brusquement sa manche de soie et s'écria:

    - Tu me prends pour un imbécile ou quoi ? Voilà trois fois que tu me répètes la même chose !

    Pendant qu'un cortège de dignitaires outrés se retournait, le mentor déclara:

     - Tu vois, j'ai bien raison de le répéter. Mon conseil n'est pas si facile à mettre en pratique !

    Un moment de colère, c'est brûler en un instant le bois amassé depuis longtemps.

     


    Exemple 2 : La mère des contes (H. Canu)

     Il était une fois, avant la première fois, un pays qui était le premier pays du monde.
    Dans ce pays, il y avait une forêt.
    Dans cette forêt, il y avait un chemin.
    Au bout de ce chemin, il y avait une maison.

    Dans cette maison, vivaient le premier homme et la première femme.
    Ils vivaient là, dans le silence de la nature, entourés d’arbres et d’animaux, les jours rythmés par la lumière du soleil et de la lune, bercés par le bruit du vent et de la pluie.

    Mais ce n’était pas la monotonie des jours qui rendaient le femme triste. Non ! C’était l’homme… Il avait le caractère brutal, aussi broussailleux qu’un buisson d’épines.
    Chaque matin, il quittait la maison, prenait sa hache pour abattre des arbres et le soir, quand il rentrait, il posait sa hache devant la maison, ouvrait et refermait la porte, prenait le gros bâton noueux placé dans l’angle du mur et frappait sa femme.

    Alors seulement, alors qu’il l’avait bien frappé, il reposait son bâton et déposait un baiser furtif sur le front de sa femme et grognait un bonsoir inaudible.
    Cela dura mille jours, cela dura mille nuits, cela dura mille roustes. Au mille et unième matin, la femme accompagna son homme sur le pas de la porte, le regarda partir sa hache sur l’épaule et sourit. Ce matin n’était pas un matin comme les autres. Ce matin-là, elle avait senti le nouvelle vie en elle. Elle attendait un enfant, un petit d’elle, un autre elle-même. Elle l’imaginait déjà, le berçant de ses douces mélopées.
    Puis, un nuage assombrit son visage. Cet enfant, ce bonheur à venir, il fallait qu’elle le protège… Comment lui  éviter les coups ? Elle y pensa toute la journée mais quand son homme rentrerait, elle savait ce qu’elle allait faire.

    Le soir, il revint, posa sa hache devant la porte, ouvrit et referma la porte, attrapa son bâton noueux, le leva sur sa femme… A ce moment-là, elle l’arrêta, lui dit de s’asseoir, qu’elle avait une histoire à lui raconter et qu’il aurait bien le temps de la battre après.

    Surpris, il s’assit. Sa femme ne savait pas ce qu’elle allait dire mais, dès qu’elle ouvrit la bouche, les mots coulèrent comme une source. L’histoire dura jusqu’à l’aube. Quand le soleil apparut, l’homme posa son bâton, repris sa hache et repartit.

    Lorsqu’il revint le soir, il posa sa hache devant la porte, ouvrit et referma la porte, attrapa son bâton noueux, le leva sur sa femme… A ce moment-là, elle l’arrêta, lui dit de s’asseoir, qu’elle avait une autre histoire à lui raconter et qu’il aurait bien le temps de la battre après. Subjugué, il resta là, le bâton en l’air… L’histoire dura jusqu’à l’aube. Quand le soleil apparut, l’homme posa son bâton, repris sa hache et repartit.

    Et il en fut ainsi tous les soirs durant neuf mois. Au bout du 9ème mois, la femme mit au monde un garçon. Lorsque l’enfant parut, l’homme apprit à l’aimer et à aimer sa femme.

    Au bout du 9ème mois, en même temps que l’enfant naquit, les contes apparurent.
    Cette femme, dont l’histoire a oublié le nom, nous ne devons pas l’oublier.
    Grâce à elle , les bâtons n’ont plus la parole et les histoires courent le monde.
     

     

     

    Exemple 3 : les contes du monde (H. Canu)

    Un jeune conteur, sûr de lui, ménage des pauses, connaît parfaitement ses histoires, sait placer un haussement de sourcil.

    Son auditoire est conquis, lui est satisfait.

    Un jour, il arrive dans un village, la salle est pleine. Il raconte deux histoire ; l’auditoire est conquis comme d’habitude.

    Un vieil homme se lève, demande à raconter une histoire.

    Le jeune conteur lui laisse la place, peiné pour ce vieil homme qui va montrer son ridicule mais satisfait pour lui qui a su montrer son talent.

    Le vieil homme vient sur scène, commence à parler. Ses paroles sont de miel, il apporte réconfort et espérance ; ses paroles font écho en nous.

    Le jeune conteur n’a jamais su raconter ainsi ; tous les mots qu’il entend résonnent en lui.

    Quand le vieil homme finit, silence… Il quitte l’estrade.

    Le temps que le jeune homme réagisse, il a déjà quitté la salle.

    Le jeune homme court après lui ; il doit comprendre, il doit apprendre.

    Et de toute la force de sa jeunesse, il court rattraper le vieil homme qui va de son pas lent.

    Mais le vieil homme lui échappe.

    Alors il le cherche et il commence à regarder les signes qui sont autour de lui.

    Les traces dans l’herbe, c’est facile.

    Les traces dans la forêt.

    Les traces dans la savane.

    Les traces sur la roche.

    Quand il est fatigué, il s’arrête, raconte une histoire aux gens qui viennent l’écouter et se nourrit d’un bol de riz.

    Un jour, il arrive dans une grande ville.

    Il descend la grande rue et là, tout au bout, juste en face de lui ; il y a une boutique avec une large vitrine éclairée et à l’intérieur, il aperçoit le vieil homme qui le regarde.

    Il lui sourit ; le vieil homme lui sourit.

    Il lui ouvre les bras et cours vers lui ; le vieil homme aussi.

    Arrivé devant la vitrine, il tend les bras pour enlacer le vieil homme.

    Le vieil homme fait de même et leurs mains se rencontrent.

    Mais ce n’était pas une vitrine, c’était un miroir et ce qu’il voyait était son reflet.

    Alors il se retourne, s’assoit et raconte des histoires. Ses paroles sont de miel, il apporte réconfort et espérance ; ses paroles font écho en nous.

     

     


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