• Problématique de mémoire

    Problématique de mémoire

    Le mémoire, en tant qu’écrit professionnel, doit rendre visible un positionnement de formateur. La définition de la problématique du mémoire est un point fondamental. Il n’y a pas d’agrément du sujet, aussi cette problématique doit être bien définie pour éviter de se lancer dans une aventure qui n’aboutirait pas comme elle le devrait. C'est de l'existence d'une problématique bien construite que dépend la réussite du mémoire.

    L’objectif de ce document est d’accompagner votre définition de la problématique du mémoire CAFIPEMF.

     

    ð Rappel du texte régissant le CAFIPEMF:

     Le mémoire professionnel, de 20 à 30 pages hors annexes, est un travail de réflexion personnelle portant sur une problématique professionnelle d'accompagnement ou de formation. Il consiste en une étude de situation centrée sur une question professionnelle articulant savoirs et expériences. Il implique un engagement personnel du candidat pour réfléchir à sa pratique et l'améliorer. Destiné à renseigner le jury sur les capacités du candidat à observer, s'informer, analyser sa pratique pour l'affermir, le mémoire constitue également un élément essentiel de la formation du candidat et de son développement professionnel. Il vise à évaluer sa capacité à :  

    - établir une problématique fondée sur un questionnement professionnel en relation avec une situation d'accompagnement ou de formation ;

    - articuler compétences en didactique disciplinaire et en didactique professionnelle ;

    - formuler des objectifs spécifiques pour traiter un problème, élaborer des hypothèses opérationnelles;

    - mettre en œuvre une démarche d'expérimentation s'appuyant sur une méthodologie rigoureuse, outillée par la recherche (observation, questionnaire, outils d'analyse, indicateurs pertinents);  

    - proposer une stratégie d'action d'accompagnement ou de formation.

     

    Le texte est très explicite : la problématique est fondée sur un questionnement professionnel en relation avec une situation d’accompagnement ou de formation.

    Mais qu’est-ce que cela signifie ?

    Cela signifie que les mémoires basés sur des pratiques de classe, comme dans l’ancien CAFIPEMF, n’ont plus lieu d’être. Ce mémoire ne peut se construire que sur un travail d’accompagnement de professeurs des écoles stagiaires ou d‘accompagnement de formation. Cet accompagnement se rattachera à une entrée pédagogique, ou didactique.

     

    Comment construire sa problématique ?

    D’abord, partir de son expérience. De cette expérience découle des thématiques de recherche. Problématiser c’est mettre en œuvre un processus de transformation du thème de recherche initial en problématique du mémoire.

    Il s’agit donc de construire une problématique à partir d'un thème dérivé d’un questionnement professionnel en relation avec une situation d’accompagnement ou de formation.

    Cette réflexion va impliquer la lecture de textes qui détermineront l'armature théorique du mémoire. L'objet du mémoire consistera donc à proposer des hypothèses de résolution. C’est ce qui justifie l’engagement dans cette démarche de recherche, qui amènera une investigation et la mise à l’épreuve de la ou des hypothèses.

     

    Méthodologie de travail

    Il faut d’abord définir ce qu’on appellera le thème du mémoire. C’est le domaine didactique/pédagogique dans lequel va se situer votre recherche.

    Votre réflexion va s’affiner au fur et à mesure, comme un entonnoir :

    Problématique de mémoireUne fois qu’on pense avoir défini une problématique, il faut savoir si une réponse existe déjà sur ce problème. En effet, si mon questionnement m’emmène vers un sujet, une problématisation dont la réponse semble évidente, c’est que je fais fausse route. On doit se poser une question qui nécessite une recherche pour trouver une réponse.

     

    L’écueil numéro un est d’avoir des thématiques très larges, de peur de ne pouvoir aller au bout des 20 à 30 pages demandées. Au contraire, il faut cibler, préciser.

    La construction d’une thématique nous amène nécessairement plus loin que nous ne le pensions au départ. Un même problème peut être traité sous différents angles, avec lesquels on peut être plus ou moins à l’aise.

    Parmi ces différentes thématiques, il va falloir en choisir une : la thématique qu’on souhaite aborder. C’est un choix fait sur des arguments personnels et professionnels qui légitiment son choix.

    Personnel, car  construit sur sa propre expérience mais aussi parce qu’il faudra avoir une affinité avec son choix au regard du temps que l’on va y consacrer par la suite.

    Professionnel, car j’ai construit ce choix sur les questions que je me suis posées, et ma réflexion. Ce choix doit aussi me servir et être porteur professionnellement à d’autres.

    Les questions et problèmes que j’ai posés, hiérarchisés permettent alors de définir la problématique.

    La formulation de la problématique est en soi un exercice difficile.

    On dit souvent qu’elle doit être formulée sous la forme :

    « En quoi …sujet/problème soulevé ? »

    La formulation doit en fait surtout être choisie pour impulser l’ouverture de l’argumentation : « en quoi, …dans quelle mesure…, comment…. »

    La formulation embarque parfois le rédacteur dans une terminologie complexe et lourde qui peut gêner sa bonne compréhension. Il faut dans tous les cas être capable de reformuler sa problématique de façon simple, sans terme technique. C’est le garant d’une problématique bien posée.

    Il faut énoncer sa problématique de la façon la plus précise et claire possible. Il faut délimiter son thème.

    Par exemple, à une réflexion sur le thème "la formation à la conduite de classe des enseignants" je préciserai et ciblerai davantage "la formation à l'usage de la voix dans la conduite de la classe chez les enseignants débutants en maternelle".

    Une problématique se construit autour d'une question qui ne trouvera sans doute réponses qu'autour d'autres questions qui occasionnent des allers retours hypothèses - recherche – expérimentation.

    + Evaluer sa problématique:

    Pour s'auto évaluer, se poser les questions :

    - Est ce que ma problématique apporte quelque chose de nouveau ? (Une recherche doit enrichir les connaissances existantes).

    - Est-ce qu'elle ne donne pas déjà la réponse dans sa formulation?

    - Est-elle suffisamment précise ?

    - Un collègue qui la découvre comprend il de quoi je parle ?

     

    Des exemples ?

    Les candidats veulent toujours des exemples. C’est complexe et ce n’est pas forcément une bonne idée car cela peut s’avérer enfermant. La démarche de construction de la problématique est fondamentale à l’appropriation du mémoire.

     

    On propose ci-dessous des contre-exemples, qui sont analysés. C’est une analyse personnelle, discutable donc, mais dont le but est de pousser vers une analyse réflexive. Une proposition de problématique est ensuite faite mais elle ne doit pas être prise comme « modèle » car la problématique ce n’est pas que la question formulée, c’est une démarche qui englobe plusieurs éléments (cf. fin de doc).

     

    * Comment former des professeurs stagiaires à la différenciation ?

     

    Analyse : le sujet est intéressant mais très ouvert et complexe à travailler en mémoire de cafipemf.

     

    La difficulté de cette problématique sera de définir les hypothèses de recherche (je cherche comment former donc je sous entends que je vais essayer différentes méthodes/dispositifs de formation…), les concepts en jeu, et surtout la méthodologie de travail. Il va falloir trouver une méthodologie de recherche qui nous permettra de vérifier si les hypothèses ont donné lieu à une évolution de pratiques des professeurs stagiaires sur ce sujet.

     La problématique est éminemment intéressante mais dans la limite du cadre de 20-30 pages, risque de faire survoler le sujet.

     Le sujet a donc besoin d’être précisé, par exemple sur un dispositif de formation.

     Par exemple : « En quoi l’analyse de pratiques (ou la formation à distance, ou l’instruction au sosie ou…)  peut-elle développer les pratiques de différenciation d’un professeur stagiaire ? « 

     

    * Comment former des professeurs stagiaires à l’usage du numérique ?

     

    Analyse : même réflexion que précédemment. Le sujet est très vague.

     « comment former » => différents dispositifs

     « usage du numérique » => très large ! Le numérique cela représente beaucoup de choses.

     Même constat donc qu’auparavant : il faut cibler le sujet, sur un dispositif de formation, sur le niveau de classe, sur un outil numérique…

     Par exemple « En quoi un projet d’écriture collaborative peut-il développer des compétences sur l’usage du numérique chez un professeur stagiaire ? »

     

    * Comment convaincre un professeur stagiaire de l’intérêt des pratiques culturelles pour le développement des compétences langagières ?

     

    Analyse : cette formulation de problématique pose problème dans l’usage du mot « convaincre ». Il pose la question : « former est-ce convaincre »..bref cela interroge sur la posture du formateur.

     En outre, la problématique pose problème dans le sens où la question posée peut sembler une évidence pour tous : tout le monde est convaincu que les pratiques culturelles développent d’autres compétences ; C’est donc le questionnement posé autour de cette thématique qu’il faut reprendre.

     La thématique interroge la question de l’interdisciplinarité.

     « En quoi l’interdisciplinarité est-elle un facteur facilitant pour la mise en œuvre de pratiques culturelles chez les enseignants débutants ? »

     

    * Dans quelles mesures les collègues du professeur stagiaire participent-ils à la construction de leurs compétences professionnelles ?

     Analyse : sujet très intéressant. Pourquoi le considérer comme contre-exemple dans le cadre d’un mémoire cafipemf ? A cause de la difficulté de le mettre en œuvre dans le cadre d’un mémoire cafipemf. Il est général car peut sous-entendre qu’on va avoir une réponse pour toutes les situations. Or, la variété des situations est-elle-même un facteur : typologie de l’école (rural, urbain, zep..), le contexte (taille de l’école, nombre d’enseignants….), cadre des relations aux collègues, caractérisation des enseignants (sexe, âge, ancienneté dans le métier…), qui sont autant de critères qui vont rendre complexes la vérification des hypothèses émises, dans le cadre d’un mémoire cafipemf (temporalité du mémoire, nombre de pages, etc).

     

    * Faut-il prendre la classe devant le stagiaire pour lui apprendre le métier ?

     

    Analyse : sujet particulièrement intéressant auquel la recherche universitaire s’est intéressée, mais pas en 30 pages ! C’est un sujet qui ne semble pas jouable dans le format « cafipemf ».

     Par contre, il questionne la question du modèle et de la modélisation question intéressante.

     Sur ce sujet, voire l’article de Marchive « la modélisation dans la formation des enseignants » :

     http://ife.ens-lyon.fr/publications/edition-electronique/recherche-et-formation/RR042-12.pdf 

     Dans le même type de réflexion, voir, une thèse de doctorat : « Analyse du développement de l’activité professionnelle par le sens et par l’efficience : l’impact de la situation tutorale sur le pouvoir d’agir de trois enseignants débutants »

     https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00830997/document 

     

    Et ensuite…

    Suite à la définition de la problématique, l’étape suivante sera l’établissement d’hypothèses pour répondre à cette problématique. Ces hypothèses seront mises à l’épreuve par la méthodologie choisie pour le mémoire.

    Mais en amont de cette émission d’hypothèses, il faudra veiller à deux choses :

    - se munir d’éléments théoriques en lien avec cette problématique

    - définir les concepts en jeu

     

     In fine, on doit aboutir à :

     * la délimitation du thème, l’exposé de ce qu’on traitera (et donc ce qu’on ne traitera pas)

    * la question posée et le problème sous-jacent dans la question auquel on va tenter de répondre dans la recherche

    * l’approche choisie (pédagogique, didactique, historique,…).

    * la formulation d’une ou plusieurs hypothèses qui guideront la méthodologie de recherches, hypothèses qu’on mettra à l’épreuve.

     

    Sources :

    - Document de cadrage académie de Toulouse

    - Concevoir des formations pour aider les enseignants à faire réussir tous les élèves, Centre Alain Savary, 201

    - Notes méthodologiques utiles pour la rédaction de mémoire par Hygin KAKAI

    - Le mémoire de CAFIPEMF- Patrick ROBO